Communiqué de presse - Louve capturée en Seine Maritime : l’Etat hors la loi

Dimanche 10 mai, une louve était accidentellement capturée en forêt près de Saint-Pierre les Jonquières (76). Alors que, selon les dispositions légales, les autorités auraient dû la relâcher immédiatement, l’État sous pression de certains syndicats agricoles et après l’avoir maintenu en captivité durant trois jours, a pris la décision de la relâcher dans l’arc Alpin, à plusieurs centaines de km de son lieu de capture initial. Les associations (FNE Normandie, FNE, GMN et la LPO Normandie) dénoncent devant la justice cet enchainement de décisions prises en dehors de tout cadre réglementaire et légal, au détriment d’une espèce protégée.

La présence exceptionnelle du Loup en Normandie

1 Louve

Après avoir totalement disparu du territoire national dans les années 30, le Loup est réapparu au cours des années 90. Ces dernières années sa population était estimée autour de 1000 individus en France, et ne progresse quasi plus du fait du niveau de destructions autorisées par l’Etat.

 

Son retour en Normandie a été confirmé en 2019, mais reste anecdotique seuls quelques mâles ayant été observés en transit, dont deux percutés dans le secteur du Havre en 2024 et 2025. La louve capturée dimanche, est donc le premier spécimen femelle observé dans la Région.

Le maintien en captivité en dehors de tout cadre légal et réglementaire approprié ayant motivé un recours en urgence

Le Loup ayant le statut d’espèce protégée [1], sa capture, son transport et sa détention sont soumis à un régime légal et réglementaire strict [2].

Alors que l’intervention initiale des services de la Préfecture de Seine-Maritime semble avoir été menée correctement dans un contexte d’urgence, les décisions qui ont suivi (maintien en captivité dans une cage durant plus de 72h, au sein d’un parc animalier non habilité pour cela) ont, de manière incompréhensible, été prises en dehors de tout cadre légal et réglementaire approprié.

 

En effet, d’après nos informations, aucune instance scientifique ni demande de dérogation, pourtant obligatoire, n’a été sollicitée pour ces opérations. Face à l’urgence et à l’illégalité manifeste de cette décision, les associations France Nature Environnement Normandie et France Nature Environnement (national) ont saisi le juge des référés du Tribunal administratif de Rouen le 13 mai aux fins de relâcher immédiat de la louve en Normandie.

Le relâcher dans l’arc Alpin : risque délibéré pour la survie de l’animal

Par communiqué de presse publié le 13 mai 2026 vers 20h, la Préfecture annonçait laconiquement que la louve étant « en bon état de santé et ne nécessite pas de soins complémentaires » il était prévu un relâcher par l’Office français de la biodiversité dans l’arc Alpin. Or, la réintroduction dans le milieu naturel est strictement encadrée [3] et en l’occurrence, aurait dû légalement avoir lieu à proximité du lieu de capture [4], pour des raisons biologiques et écologiques.  

Un tel éloignement compromet clairement les possibilités de survie de l’individu mais également l’implantation du Loup en Normandie puisqu’à ce jour, seule cette femelle y a été observée.

On ne peut que constater, dans la gestion de ce dossier, les nombreux manquements de l’État :

  • Non-respect des règles les plus élémentaire du droit de la protection des espèces protégées : (détention, transport et perturbation illicites sans autorisation ni dérogation)
  • Mise en danger de cet animal protégé de façon délibérée : désorientation, inadaptation au nouveau contexte, risque de confrontation avec d’autres meutes,
  • Non-respect des éleveurs des Alpes, qui seuls ainsi pourraient se voir imposer le relâcher d’un loup, malgré des efforts de protection importants au cours des trois dernières décennies écoulées, avec une certaine réussite puisque les dommages aux troupeaux sont stabilisés depuis 7 ans

Une fois de plus un impact délibéré sur cette espèce aura été commis, sans aucune justification scientifique ou technique.

Les associations apprenaient au cours de l’audience, le 15 mai, que la louve venait juste d’être relâchée dans l’arc Alpin. Dans ces conditions, la faire rapatrier en Normandie aurait été un nouveau non-sens. Le juge des référés du Tribunal administratif de Rouen a, par conséquent, dû rejeter le recours [5].

Au terme de cette gestion catastrophe du dossier sous pression de lobbies où l’Etat mobilise jusqu’au cabinet du premier ministre pendant deux jours, les associations se réservent toute possibilité d’engager une action en responsabilité contre l’État.

1 Louve

En savoir plus :

 

[1] Directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages dites Directive « Habitats »-Annexe V (espèce animale d’intérêt communautaire ; arrêté ministériel du 23 février 2026 définissant le statut de protection du loup (Canis lupus) et fixant les conditions et limites de sa destruction.

[2] Notamment, Art. L.411-1, et Art. L.411-2 du code de l’environnement.

[3] Arrêté ministériel du 14 décembre 2022 portant dérogation à la protection stricte des espèces Ours brun (Ursus arctos) et Lynx boréal (Lynx lynx) et autorisation d’introduction dans le milieu naturel de spécimens d’espèces protégées, Loup gris (Canis lupus), Ours brun (Ursus arctos) et Lynx boréal (Lynx Lynx).

[4] Arrêté ministériel du 14 décembre 2022 Art. 4-2

[5] TA de Rouen, ord. n°2602785, 15 mai 2026, FNE Normandie et FNE

La presse en parle