Comme le reste du territoire, la Normandie traverse une sécheresse d’une gravité exceptionnelle. Les cinq départements normands sont aujourd’hui placés sous arrêté préfectoral de restriction des usages de l’eau. Sur une large majorité du territoire régional, les cours d’eau et les zones humides relèvent de mesures de crise ou d’alerte renforcée, les deux niveaux les plus sévères ; aucun secteur de Normandie n’échappe aujourd’hui aux restrictions. La Manche est placée en crise sur la totalité de son territoire, situation inédite dans son histoire, et le Calvados sur toute sa moitié ouest. Après cinq mois sans pluies significatives et des vagues de chaleur successives, les sols atteignent des niveaux d’assèchement records, les nappes sont très basses et plusieurs cours d’eau sont totalement à sec, une situation sans précédent à cette période de l’année.
Bien que ces conditions climatiques touchent durement la population, l’agriculture et les activités économiques, nos associations de protection de la nature et de l’environnement énonçaient, le 29 juillet, dans une lettre adressée aux préfets des 5 départements normands, les conséquences dramatiques des canicules récentes sur la biodiversité animale vivant en zone humide : affaiblissements, sous-alimentation, perte d’énergie…
Les espèces qui dépendent des milieux aquatiques et humides pour survivre sont fragilisées et rendues extrêmement vulnérables par les fortes chaleurs et la sécheresse qui en découlent.
Pour toutes ces raisons, expliquent nos associations, un nombre considérable d’oiseaux désalimentés et souffrant de stress thermique a été recueilli dans les centres de soins. Les oiseaux migrateurs ou sédentaires, en particulier les espèces chassables comme les espèces d’anatidés ou les limicoles, n’échappent pas à la règle.
Alors que l’ouverture anticipée de la chasse au gibier d’eau a été reporté du 1 août au 21, FNE Normandie demande à ce que le report soit fait jusq’au retour des conditions hydrologiques favorables, et en tout état de cause pas avant la date d’ouverture générale fixée dans chaque département.
Il y a un véritable paradoxe à ce que des restrictions s’imposent aux agriculteurs, au monde économique et à chaque habitant de la région, et qu’aucune ne s’applique à la chasse, qui est d’abord un loisir. L’effort demandé à tous ne peut s’arrêter à la porte d’une activité de loisir exercée précisément sur les milieux les plus dégradés par la sécheresse.
FNE Normandie en appelle également à la responsabilité des chasseurs eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux sont attentifs à la biodiversité et entretiennent avec un engagement réel les mares et les zones humides de notre région ; ils sont, cet été, les premiers témoins de leur assèchement. Nous les invitons, ainsi que leurs fédérations départementales, à s’abstenir volontairement de chasser tant que durera cet épisode, sans attendre une décision administrative. Ce serait le signe que la chasse sait, elle aussi, prendre sa part de l’effort collectif.