Loi d’urgence agricole : une régression environnementale sans précédent, au mépris de la protection de la nature et de l'eau

Début juin 2026, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté en première lecture le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. France Nature Environnement Normandie (FNE Normandie) dénonce un texte d’une agressivité extrême pour l’environnement. Venant s’ajouter à la loi d’orientation agricole de 2025 et à la loi « DUPLOMB », ce nouveau dispositif conforte l’agriculture industrielle tout en actant une dégradation majeure de la protection des ressources naturelles, au premier rang desquelles la ressource en eau.

 

Jeudi 16 juillet à 9h, la Commission mixte paritaire se penchera sur le projet de loi, qui sera ensuite examiné le 20 juillet par l’Assemblée Nationale puis le 21 juillet au Sénat.

L’accumulation législative de ces derniers mois dessine une trajectoire alarmante pour nos écosystèmes. Loin de guider le monde agricole vers une transition agroécologique indispensable face au dérèglement climatique, ce texte privilégie une vision productiviste à court terme, balayant les garde-fous démocratiques et sanitaires patiemment construits ces dernières décennies.

Une mise en péril gravissime de la ressource en eau

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C’est sur la question de l’eau que la régression est la plus brutale. Le projet de loi adopté introduit des dispositions qui menacent directement le partage équitable et la pérennité de cette ressource vitale

  • Sécurisation d’autorisations illégales : Le texte valide et sécurise pour une durée de deux ans des autorisations de prélèvement d’eau pourtant jugées illégales par les tribunaux, bafouant ouvertement le principe fondamental de l’autorité de la chose jugée.
  • Priorisation des mégabassines : Il donne une priorité absolue aux projets de stockage d’eau (mégabassines), en s’affranchissant des règles collectives définies localement par les SAGE (Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux).
  • Menace sur l’eau potable : En instaurant une priorisation de fait de l’usage agricole intensif, ce dispositif fait peser un risque immédiat sur l’accès et l’approvisionnement en eau potable pour les populations locales.

Régression écologique et démantèlement du droit de l'environnement

Au-delà de la crise hydrique programmée, le texte adopté par les députés détricote méthodiquement plusieurs piliers du droit de la nature

  • Sacrifice des zones humides : La protection de ces milieux indispensables est désormais conditionnée à leur « niveau de fonctionnalité ». En clair : plus une zone humide est dégradée, plus sa destruction légale est facilitée, inversant la logique même de restauration écologique. 
  • Affaiblissement des compensations : Le mécanisme de compensation environnementale est vidé de sa substance en élargissant excessivement le périmètre géographique et en ciblant les « terres incultes », rompant avec le principe de proximité de la réparation. 
  • Recul démocratique et intimidation : Le texte réduit la participation du public lors des consultations sur le stockage de l’eau et introduit des sanctions financières pour « recours abusifs » afin de criminaliser et d’intimider les associations de défense de l’environnement qui exercent leur droit constitutionnel au recours.

Risques sanitaires accrus et gestion de la biodiversité hors-sol

La santé publique et la biodiversité font également les frais de ce texte de loi industriel. Comme les autres associations environnementales, FNE Normandie pointe du doigt un retour déguisé des néonicotinoïdes, des insecticides pourtant reconnus comme de véritables poisons pour les pollinisateurs et la santé humaine. De plus, le recours aux ordonnances pour réformer le secteur de l’élevage laisse craindre un allègement massif et opaque des réglementations environnementales applicables aux structures industrielles. 

 

Enfin, le texte intègre des mesures infondées concernant la prédation du loup, flattant des postures politiques alors même que les données scientifiques officielles démontrent une stagnation — et non une augmentation — de la population de l’espèce en France. 

 

Face à ce constat dramatique, France Nature Environnement Normandie réaffirme son opposition totale à ce texte destructeur et appelle les parlementaires à prendre la mesure de l’urgence environnementale lors de la suite de l’examen législatif pour bloquer ces dispositions mortifères.