Incendie des entrepôts Bolloré Logistics : les derniers résultats d’analyses des eaux souterraines explosent les compteurs

Trois ans après l’incendie qui a ravagé les entrepôts exploités par Highway France Logistics 8 (HFL8) et où étaient stockées illégalement des centaines de tonnes de batteries au lithium appartenant à Blue Solutions (filiale Bolloré), de nouvelles analyses des eaux révèlent des taux records de contamination, notamment au lithium.

Un bras de fer avec l'administration

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Le 16 janvier 2023, un incendie se déclarait dans les entrepôts exploités par HFL8 et loué à Bolloré Logistics (désormais CEVA AIR & OCEAN INTERNATIONAL SE) qui y stockait, par le biais de sa filiale, Blue Solutions, 892 tonnes de batteries au lithium.

 

Depuis, l’administration a engagé un véritable bras de fer avec les trois entreprises afin que les eaux d’extinction et les débris de l’incendie soient rapidement évacués, et limiter la propagation de la pollution résultant de la combustion des batteries dans l’environnement.

Ainsi, près d’une dizaine d’arrêtés préfectoraux ont été pris – enjoignant notamment les industriels à dépolluer le site et à suivre drastiquement les impacts sur les eaux souterraines [1].

 

Face à la complexité des opérations de dépollution et à leur coût, évalué à plusieurs millions d’euros, les trois industriels tentent depuis lors d’échapper à leurs responsabilités, allant jusqu’à attaquer (vainement) les décisions de l’administration devant les tribunaux [2].

Résultat : une partie des déchets demeurés sur place pendant plus de deux ans et une pollution évolutive et massive des eaux souterraines

Alors que les premiers résultats d’analyse des eaux souterraines du site révélaient déjà des taux de lithium 1 000 fois supérieurs aux recommandations de l’INERIS [3], les analyses de novembre 2025, publiées récemment, font désormais état d’une concentration dans la nappe phréatique 10 000 fois supérieure [4] à ces mêmes recommandations [5].

 

Cette contamination a non seulement évolué mais semble également s’être propagée au-delà du site, les travaux de dépollution ayant été réalisés à ciel ouvert. Ainsi, des concentrations de 14 200 µg/l ont également été retrouvées dans les marres adjacentes aux entrepôts – preuve supplémentaire d’une gestion déficiente de ce chantier.

N’oublions pas qu’au-delà du lithium, du manganèse, de l’arsenic, de l’acide fluoridrique, des dioxines ainsi que divers PFAS (polluants éternels), ont également été retrouvées dans les analyses des eaux dans des quantités supérieures aux valeurs seuils.

Le coût environnemental de cet accident est immense.

Pour rappel, FNE Normandie a déposé plainte en mai 2025 à la suite de la publication du rapport d’enquête établi par le BEA-RI [6], attribuant le départ d’incendie à un emballement thermique d’une batterie et aux conditions de stockage des batteries. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Union des Victimes de Lubrizol, qui apporte au dossier son expertise de terrain et son analyse fine du traitement des accidents industriels.

 

Plus de trois ans après l’incendie et l’ouverture d’une enquête par le Parquet de Rouen, nous sommes donc dans l’attente que des suites pénales soient données à cette affaire afin qu’une réponse exemplaire soit apportée à ces graves manquements.

France Télévision

En savoir plus :

 

[1] Disponibles sur Georisques 

[2] TA Rouen – ordonnance n° 2404457 du 5 décembre 2024 ; CE – 5 mai 2025, n° 499977 ; TA Rouen 6 janvier 2026, n°2506075.

[3] L’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) établi une valeur cible maximale de 20 µg/l pour les organismes aquatiques des eaux douces et de 840 µg/l pour l’eau destinée au réseau potable.

[4] 200 000 microgrammes/l de lithium

[5] Disponibles sur le site de la Préfecture de Seine-Maritime

[6] Bureau d’Enquêtes et d’analyses sur les risques industriels

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